Le mariage dans la culture Beri (3eme partie)
Les venues fréquentes du jeune homme dans le village de la jeune fille, nécessitent la construction d’une maison pour le recevoir. C’est la belle-mère qui a la charge de l’édifier. Elle la bâtit au nord de sa propre demeure à l’intérieur de son enclos. Elle est aidée dans ce travail par ses autres filles – à l’exception de celle qui se marier – et par ses voisines et parentes. Si la future épouse participait à ces travaux elle attirait sur elle des moqueries, car par ce geste elle ferait preuve, de manière inconsidérée, de son amour pour son futur mari. Les convenances veulent qu’elle ne montre pas ses sentiments. Faire un geste qui traduirait son attirance, se montrer impatiente de se marier sont autant d’attitudes que la morale réprouve. La société Beri exige des hommes et des femmes une grande réserve pour tout ce qui touche à la sexualité.
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Ce sera une habitation ronde au toit conique de paille, comme presque toutes les maisons du pays ; le toit est perfectionné par les hommes comme c’est l’usage. A l’intérieur, une cloison de terre sépare deux espace l’un réservé au foyer, l’autre au lit. Cette maison se nomme Téné Bie «la maison de fille» le jeune homme y loge, seul ou accompagné de ses frères ou ses camarades, lorsqu’il vient dans le village de la jeune fille en visite. Il y séjourne deux ou trois jours, une ou deux fois par mois. C’est dans cette même maison que s’installe le jeune homme le jour de l’union des époux. C’est là qu’on lui amène son épouse.
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Amura Bie "la maison de la mariée"
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Cette habitation remplit alors sa véritable fonction de maison nuptiale. On la désigne alors d’un nom nouveau : Bogura Bie « la maison de marié » ou encore, Amura Bie « la maison de la mariée ». Elle est décorée, au charbon de bois ou au kaolin, par les jeunes filles parentes de deux familles, (à coté gauche en entrant) les jeunes filles parentes du marie ont tracé des silhouettes d’animaux : des chameaux, des chevaux, …elles ont parfois schématisé un lit en dessinant un rectangle dans lequel s’inscrit un X. Du coté féminin (à droite en entrant) les jeunes filles parentes de l’épouse, ont dessiné des couvercles en vannerie, (kwa bur) de ceux destiné à recouvrir les plats de nourriture ; ils sont figurés par trois ou quatre cercles concentriques, en trait continu ou en pointillé. Mais cet usage, qui permettait distinguer la maison nuptiale des autres maisons, est en train de tomber en désuétude. Le couple demeurera dans cette maison durant les quarant jours de la période de réclusion, et parfois davantage jusqu’à deux ou trois ans avant d’aller s’installer dans le village du garçon.
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L’emplacement de la maison nuptiale, à l’intérieur même de l’enclos de la mère de la jeune fille, crée une situation périlleuse. La nature complexe des relations entre gendre et belle-mère. Le gendre doit éviter totalement sa belle-mère : ne pas prononcer le nom de cette femme, ne pas lui parler, se détourner quand il la voit, ne pas entrer dans sa maison, ne pas manger en sa présence etc. Toute rencontre directe est donc interdite : est-ce pour éviter à tout prix la naissance des conflits qui pourraient naître entre ces deux individus antagonistes parce que devenus très proches ? Entre celle qui a donné naissance à une fille et celui qui lui prend cette fille ? En tout cas, toute une série de gestes sont fait pour amadouer la belle-mère, détendre la relation : cadeaux de vêtements et de parfums, dons de nourriture pour elle-même et son village, services rendus. Tout cela crée une situation ambivalente, bien que les protagonistes eux vivent cet usage avec beaucoup de naturel.
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De fait de l’emplacement de la maison nuptiale fixé par la coutume implique que le gendre chaque fois qu’il veut rentrer chez lui passe obligatoirement devant la porte de la belle-mère, alors que par ailleurs il doit tout faire pour éviter de la rencontrer. Il y a peut être là, de la part de la belle-mère, une volonté de contrôle tant sur le plan moral qu’économique, mais il y a sûrement aussi un désir de sécuriser sa fille et de se sécuriser elle-même en la gardant auprès d’elle. Il ne faut pas oublier que la plupart des cas, la jeune fille épouse un homme qu’elle ne connaît pas, Cette situation critique va permettre aux qualités exigées d’un gendre de se manifester. Ce sont la discrétion, le respect des usages, la maîtrise de soi. Les situations périlleuses comme celle-ci sont révélatrices des comportements et permettront à la belle-mère et à tout le village de mettre le nouveau marié à l’épreuve et de le juger.
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Constitution du trousseau
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Astreinte à construire la maison nuptiale, la belle-mère doit aussi rassembler pour les remettre à sa fille un certain nombre d’objets et denrées. C’est le Bie man «biens de la maison». Il comprend les différents ustensiles de cuisine utilisés par une femme : cuvettes en émail, bols en bois, jarres diverses, paniers couvercles, plateaux en cuivre…meules dormantes pour écraser le grain. La liste varie en fonction des possibilités des familles et des lieux de résidence : gros centre ou hameau, parfois, on trouve un lit – cadre en bois tendu de lanières de cuir ou de cordes reposant sur quatre pieds, un matelas, des cousins (traits de culture islamique) – il remplacera le bâti en terre d’autrefois, sorte de banquette maçonnée.
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Le Bie man comprend également les denrées alimentaires devant subvenir aux besoins du couple pendant une année : beaucoup du mil surtout pour fabriquer l’incontournable bière qu’on présente aux nombreux visiteurs, des condiments pour la sauce, du sucre, du thé et même du café… et la liste n’est pas limitative. Lorsque la mère remet le Bie man à sa fille, il arrive que dans le même le temps, le beau-père donne en cadeau à son gendre un « un boubou » un sabre ou même un cheval. A chaque étape des transferts de biens, on sent la recherche d’un certain équilibre qui aboutit à une symétrie entre les dons.
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Le Bie man est à la charge de la belle-mère ; mais dans cette circonstance aussi elle est aidée par ses parents. L’importance de ce don est très variable. La règle semble être la suivante : celui qui est capable de fournir un important Bie man le fait et contribue ainsi à la bonne réputation de la famille, celui qui n’est riche donne peut, ce qu’il peut. Mais s’avère très difficile de savoir ce que les gens donnent exactement, car ils le font en secret. Ce sont les animaux que l’on exhibe, non les bines de cette sorte.
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La jeune femme de son coté ne garde pas pour elle la totalité de ce qu’elle a reçu. Ainsi, si elle reçoit deux charges de chameaux de mil, en général elle garde une charge pour elle et distribue l’autre aux différentes femmes de sa famille à raison d’un Koro par personne. Si au milieu de Bie man il y a un objet de prix, il est fréquent qu’elle le donne à parent qu’elle veut honorer. Ce qui veut dire dans une certaine mesure, que tout bien perçu peut entrer dans un nouveau circuit d’échanges. Avec en plus ici, la notion que tout cadeau de grand prix revient à celle et celui que l’on tient à honorer en réponse à un service rendu qui peut remonter parfois à des décennies entières.
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Le moment où doit être remis le Bie man se situe peu temps avant la conduite de la jeune fille dans la maison nuptiale, ou à ce moment là. Mais la belle-mère utilisait tous les moyens à sa disposition pour retarder la remise du Bie man dans l’espoir de garder encore pour un temps sa fille. Cette situation est à l’origine de bien d’enlèvements.
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Les prestations en travail au bénéfice de la belle famille
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Apres avoir livré la compensation matrimoniale à son beau-père, le gendre se devait de rester quelques jours chez ses beaux-parents afin de travailler pou eaux. Ces jours se renouvelleront périodiquement selon une fréquence variable. Ils pourront être brefs et longs. Ils pourront s’échelonner sur un laps de temps plus ou moins grand, tenant compte des besoins et des exigences de la belle-famille. En pratique il ne semble pas y avoir de régale général mais des cas individuels.
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Les belles-mères en particulier faisaient souvent traîner les choses en longueur pour s’assurer le plus longtemps possible les services de leurs gendres. Les tâches à accomplir sont celles de la vie quotidienne : soins à donner aux animaux, satisfaction des besoins du foyer en produits que l’on va chercher en terre lointaine sur les marchés ou sur les lieux de production du sel (Demmi). Pendant la saison pluvieuse le futur gendre est tenu de venir travailler sur le champ de sa belle-mère. Il fixe une date et arrive avec ses amis, ses frères, ses sœurs : jeunes gens et jeunes filles de l’age du garçon. Chacun apporte sa houe. Ils enlèvent les mauvaises herbes et ils buttent les pieds du mil. Le jeune homme a amené avec lui deux mouton ou un taureau, il égorgera les bêtes sur place. La belle-mère, de son coté, a brassé à l’avance de la bière et fera cuira des «boules» de polenta de mil. Les travailleurs se restaurent puis boivent du thé bien sucré.
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Pour les autres corvées le futur gendre est seul : il s’occupe des animaux de ses beaux-parents, ils les abreuve, ou bien il les garde. Il n’est, enfin, de voyage effectué par le garçon pour compte de sa famille qui ne concerne aussi ses beaux-parents. Ou qu’il aille dans le nord chercher du sel et ou natron, ou qu’il aille dans le sud acheter du mil, il ramène toujours un chameau de deux grand (kara) pour sa belle famille. De même lorsqu’il se rend au marché pour vendre des animaux, il prend avec lui la bête que sa belle mère désire vendre et fait la transaction à la place de celle-ci. Si ses beaux-parents, enfin, ont une commission à faire, il s’en occupe.
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On voit donc qu’il est, durant cette période, tout dévoué à leur service. Apres la remise de la jeune femme à son mari, celui-ci continuera à travailler pour ses beaux-parents, surtout pendant la période où le couple est installé dans le village de la jeune femme. Cependant, les prestations s’espaceront progressivement avec le temps. Lors que le couple ira dans le village du mari. Il ne s’agira plus alors que de donner un coup de main de temps à autre.
A lire très prochainement dans la 4eme partie: Le beau-frère étranger au village, la réunion des époux et le lendemain des noces.
Par BERIENLIGNE | Avant | 08/04/2007 17:28 | Après | Forum Articles | 4 commentaires | Lu 559 fois
par seby, le Mercredi 11 Avril 2007, 12:22
Répondre à ce commentairec'est vraiment dure de se marier en terre beri mais moi j'adore cette façon de faire,je compte me marier comme ça,c'est magnifique!!!!
c'est vraiment dure de se marier en terre beri mais moi j'adore cette façon de faire,je compte me marier comme ça,c'est magnifique!!!!

Commentaires
1 -par Bourkouba, le Mardi 10 Avril 2007, 14:37 Répondre à ce commentaire